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DOCUMENTS / atelier politique

janv. 23, 2018

Démographie et changement climatique, le faux tabou


Démographie et changement climatique, le faux tabou / Les Arpenteurs  06/07/2017

Pour beaucoup, la démographie serait l'angle mort de la lutte contre le changement climatique. Depuis 1970, la population mondiale a doublé, et les émissions de CO2 aussi. Coïncidence ? Peut-être. Déforestation, transports, production d’énergie, industrie et agriculture sont donnés à raison comme les principaux facteurs d’émissions de CO2. Mais la question de l’impact de la croissance démographique sur le réchauffement climatique n’est que rarement abordée. Depuis 1970, la population mondiale et les émissions de CO2 ont doublé. Alors que toutes les prévisions s’accordent plus ou moins sur le chiffre de 9 milliards d’êtres humains d’ici à 2050, il est difficile de penser que les 2 milliards de personnes supplémentaires n’auront aucune incidence sur les émissions de gaz à effet de serre et donc sur le réchauffement climatique. Raisonnement simpliste ? Si la croissance démographique et le réchauffement climatique sont rarement associés, c’est certainement dû à une absence de transdisciplinarité entre climatologie et démographie. Raison pour laquelle cette question a peu été évoquée lors des débats autour de la COP 21 qui s’est tenue en 2015 à Paris. Autre raison potentielle : cette question porte en elle les germes d’un vieux débat réactionnaire. Thomas Malthus affirmait en 1798 dans son “Essai sur le principe de population” que la population augmentant de façon exponentielle et les ressources de manière arithmétique, l’humanité courrait inévitablement à la catastrophe si elle ne limitait pas la croissance de sa population. Ainsi, dans un monde aux ressources limitées, freiner la croissance de leur population permettrait aux pays pauvres, non seulement de sortir de la misère, mais aussi de réduire le volume de leurs émissions de CO2. Pourtant la théorie de la “bombe démographique “ agitée par de nombreux analystes occidentaux, avec l’Inde et l’Afrique en premiers fautifs, est loin d’être une évidence. … Jean François Léger, maître de conférences à l’Institut de Démographie de l’Université Paris 1, « il faut considérer une population comme un paquebot, pour infléchir une courbe démographique il faut énormément de temps à moins d’avoir des politiques très coercitives comme ce fut le cas en Chine. » Opposer un frein d’inspiration néo-malthusienne au changement climatique impliquerait de contraindre dans leur intimité des populations dont le seul tort est de faire administrativement partie d’un groupe plus nombreux. On voit le problème éthique que cela pose... La Chine, est la fois le pays le plus peuplé et le plus gros pollueur de la planète avec 28% des émissions totales de C02 ; mais les émissions de CO2 par habitant, un Chinois émet 6,4 tonnes de CO2 par an, contre 8 tonnes pour un Européen et 15 tonnes pour un Américain du Nord. Quant à l’Inde, troisième plus gros pollueur mondial, ses habitants n’émettent que 1,5 tonnes de C02 par an. Et la Chine par exemple s’est engagé avec force sur la voie de la transition écologique (efforts déjà récompensés :  le pays aurait diminué ses émissions de C02 de 1,5% en 2015, réduction la plus importante enregistrée dans le monde cette année-là. Le mythe de la surpopulation Dans un livre publié en 2011,  Une planète trop peuplée ? Le mythe populationniste, l’immigration et la crise écologique, Ian Angus et Simon Butler réfutent la thèse selon laquelle la démographie serait responsable de la crise écologique. Une population ne doit pas être étudiée sous le seul angle démographique mais aussi sous celui de son mode de vie. Si la Chine a réussi à amorcer une réduction conséquente de ses émissions tout en ayant mis fin à la politique de l’enfant unique, c’est bien que la question démographique n’est qu’une variable dans l’équation du réchauffement climatique. En revanche, la volonté politique et les moyens financiers engagés sont déterminants pour résoudre le problème. Les Chinois, qui ont inventé avec le boulier un des premiers systèmes de calcul de l’humanité, sont donc peut-être tout simplement plus forts en maths que les 194 autres pays signataires de la COP 21. Pourtant fustiger un Américain qui émet 15 fois plus de CO2 qu’un Africain serait également une erreur (paravent à l’attentisme des Etats et du secteur industriel) : « L’obstacle principal dans la transition vers une société écologique n’est pas une insuffisance technologique ou financière, encore moins une population trop nombreuse, mais entraves politiques et économiques : gouvernements et grande industrie bloquent le passage à l’action. (…) quête incessante du gain immédiat, sans se soucier de ses conséquences à long terme, s’inscrit dans le fonctionnement même du système »

Fondés en partenariat par Usbek & Rica et l’Andra, Les Arpenteurs explorent la place donnée aux générations futures dans notre société d’aujourd’hui. Notre but : découvrir et partager des histoires qui mettent en lumière la manière dont les modes de vie, les décisions, les créations de nos générations ont un impact positif ou négatif sur nos descendants.

(Une réaction à l’article = à partir du moment où on diffuse notre mode de vie (radio, télé, cinéma, web et phone) on incite les 3 milliards qui polluent pas à atteindre notre mode de vie et notre pollution, au final on aura 10 milliards de gens qui espèrent notre niveau de consommation énergétique. Ceux qui croient que le pygmée va vouloir garder son mode de vie "naturel" et avoir une espérance de vie de 25 ans serons vite déçus)

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La Terre va-t-elle devenir un immense désert ? Vincent Lucchese  2017

Pour nourrir une humanité de plus en plus nombreuse, on intensifie sans arrêt l’agriculture. En boostant les plantes à grands renforts d’engrais, de pesticides et de labour, on détruit ce qui fait pourtant pousser la plante en premier lieu : son sol. l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tire la sonnette d’alarme. Rien n’est irréversible, à condition de se bouger… les quelques dizaines de centimètres à un mètre de terre qui constituent en moyenne le sol de l’Hexagone sont le fruit de milliers et milliers d’années de transformations. Des roches travaillées par le climat et par les plantes se sont peu à peu changées en cette terre, aussi essentielle que méconnue par la plupart d’entre nous. Première info : le sol est vivant. Deuxième info : il se meurt. … Si on détruit le sol, si on le travaille, on commence à l’empêcher de faire pousser des plantes. Et malheureusement, une fois abimé, le seul moyen de continuer à faire pousser, c’est de continuer à le travailler » François Mulet, de l’association Maraîchage Sol Vivant 22-02-2017. Questions d’équilibres : Pour être fertile (permettre aux plantes de pousser, donc permettre à l’homme d’exister), le sol entretient une harmonie complexe : ni trop acide ni trop basique, riche en macro et micro organismes (vie microbienne, champignons, vers de terre…) suffisamment poreux pour permettre les échanges gazeux, la pénétration de l’eau et des racines, riche en azote et en phosphore, etc.  Or les sols se dégradent, voire disparaissent, désertification menace 40 % des terres émergés, dont 66 % sont déjà affectés, selon le Comité scientifique français de la désertification (CSFD). « Si rien n’est fait, 10 millions d’hectares de terres arables seront perdus chaque année, soit 1/5 de la France », alertent les scientifiques du comité. Agriculture intensive et cercle vicieux : perte du couvert végétal et forestier des sols fait également disparaître la vie microbienne de la terre. « Les intrants chimiques, l’irrigation à outrance, la monoculture, …participe à cette dégradation » Robin Duponnois, microbiologiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et président du CSFD.

« La microflore comme les champignons vivent en symbiose avec les plantes, extraient seules les éléments minéraux utiles aux plantes, Or agriculture intensive détruit cette symbiose en remplaçant la microflore par des intrants chimiques pour nourrir la plante. » Ces sols appauvris sont moins résilients face aux aléas et changements climatiques, ont moins de faculté d’adaptation car moins de diversité. …  Au Moyen-Orient ou en Tunisie, des versants entiers voient la roche affleurer » ; Deuxième conséquence : l’érosion. Le couvert végétal et la microfaune (termites jouent un rôle très important dans la filtration de l’eau Christian Valentin, directeur de recherche à l’IRD …) font office de bouclier contre l’eau et le vent. En leur absence, les éléments arrachent la terre du sol. Elles permettent au sol d’être plus humide et donc moins soumis à l’érosion éolienne. Elles favorisent aussi le développement du couvert végétal. » l’érosion décape le sol qui s’appauvrit en argile et éléments organiques (potassium, calcium…) =) moins fertile … nourrissant ainsi un cercle vicieux accentuant la disparition des sols… De nombreuses coulées de boue s'expliquent par la disparition croissante du couvert végétal. Au rythme d’érosion actuel, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture prévoit dans son rapport de 2015 une perte de 10 % de production agricole d’ici 2050, alors que la demande devrait continuer à augmenter… En France aussi, certains sols disparaissent déjà (Claude Bourguignon) « La monoculture=) taux de matière organique ont beaucoup baissé (Christian Valentin) … Avant elle, la présence d’élevage en zone de culture, la rotation des cultures, avec la présence de légumineuses apportaient des nitrates là où l’on ne fait aujourd’hui plus que du maïs. »/ L'épée de Damoclès du phosphore : Celui-ci fait partie avec l’azote des éléments indispensables à la croissance des plantes, mais le phosphore n’est pas renouvelable. « Il y en a dans le sol mais il n’est pas exploitable par la plante seule. Elle a besoin de l’intermédiaire de microorganismes pour l’extraire. Sinon solution = nourrir la plante avec des intrants, des engrais phosphatés » (microbiologiste Robin Duponnois). Les mines de phosphate sont donc avidement convoitées… « Il n’existe pour l’instant pas de plan B au phosphore. Mais celui qui le trouvera aura incontestablement le Nobel… ». Guérir les sols : Maraîchage Sol Vivant s’emploie à promouvoir la réhabilitation du sol auprès des agriculteurs. « La plante nourrit le sol et le sol nourrit la plante » (François Mulet). « On a réussi à sauver des fermes de la faillite et à limiter l’érosion en changeant d’approche sur des sols travaillés en conventionnel pendant 30 ans »,

Les principes de l’agroécologie, qui travaille sur la complémentarité et la symbiose des espèces cultivées et du sol, apparaissent comme une solution crédible. … cette méthode redonne au sol sa richesse vivante, nutritive et sa résilience. Mais « Aujourd’hui l’agroécologie est réalisée avec des plantes sélectionnées pour la culture intensive. Il y a un potentiel latent mais il faut retrouver les bonnes espèces. La science peut apporter cette connaissance » Robin Duponnois. François Mulet : « Il faut retrouver des semences adaptées à la diversité des sols et des cultures. Le problème c’est qu’aujourd’hui les agriculteurs ont perdu cette connaissance. Elle est passée dans la giron d’ingénieurs… formations ! Essentiel aussi : faire circuler les savoirs et les enjeux en mettant en contact mondes agricole, associatif et scientifique « Faire discuter des communautés qui s’ignorent est toujours positif, Les politiques écoutent de moins en moins les scientifiques. Vaut mieux s’adresser aux ONG qui ont d’avantage l’oreille des gouvernants. »  « Il ne faudrait pas refaire avec des méthodes dites naturelles les mêmes erreurs qu’avec l’agriculture intensive » Ecouter la science, et ne pas la jeter avec l’eau de l’agriculture intensive reste la clé. Robin Duponnois. Le purin d’ortie est par exemple très en vogue, prôné comme alternative naturelle, alors que de nombreuses études montrent qu’il appauvrit le sol. ».. En France, les Cultures intermédiaires pièges à nitrate (CIPAN) s’imposent sous l’impulsion de la règlementation européenne. » Aux solutions techniques ne manque donc plus qu’une volonté politique. Moins médiatisée que son pendant atmosphérique, la dégradation des sols aurait bien besoin de sa COP21.

 

Un Commentaire d’un internaute : Haut du formulaire

Le problème est intrinsèque à l'agriculture, en nourrissant des urbains, on prend du phosphore des champs, on l'amène en ville (le Phosphore ne disparait pas, importer du soja ou des fruits exotiques, c'est enlever du phosphore du pays du sud pour l'amener dans les villes du nord) et une bonne partie de ce phosphore ce retrouve dans les boues des stations d'épurations, puis et épandu en périphérie des villes, nourrir des gens c'est prendre du phosphore dans les sols et le concentrer autour des villes, puis ce phosphore ira irrémédiablement vers la mer et pendant des temps géologiques séjournera dans le fond des océans pour revenir dans des temps lointain avec l’éruption de volcan… Si on arrête d'importer du phosphore, il n'y aura qu'une solution exporter les boues des villes aussi loin qu'on importe de la nourriture, sinon on diminuera perpétuellement la quantité de phosphore du sol, sauf que cela à un coût, mais les mégalopoles ne sont pas écologiques, c'est évident. Le choix est simple, plus les villes sont concentrées plus elles appauvriront les sols (puisqu'on préférera utiliser l'énergie pour nos loisirs, plutôt que pour exporter les boues), plus on appauvrira les sols (en tout oligo, minéraux, etc..).

 

 

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Devons-nous traiter les animaux en égaux ?

France Culture            22/12/2017      Corine Pelluchon (philosophe et professeur à l’université Paris-Est-Marne-La-Valée, publiera le 11 janvier « Éthique de la Considération » (Seuil) et François Letourneux (Vice-Président du comité français pour l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature)

Réchauffement climatique, destruction des écosystèmes, pollution de l’air, risques sanitaires de nos modes alimentaires, extinction des espèces : les rapports alarmants sur l’environnement et nos modes de vie s’accumulent d’année en année sans que la société ni les politiques ne semblent prendre réellement conscience de l’ampleur du défi qui se pose à nous. Et si pour sortir de l’étau environnemental, il fallait traiter mieux les animaux ?

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Désordres considérables, appauvrissement biodiversité

Y compris en France :   oiseaux communs « s’effondrent », chauve-souris idem, …, insectes donc moins d’oiseaux insectivores donc moins de pollinisation …

 

Ecologie doit être mise au cœur de l’économie