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DOCUMENTS / atelier politique

janv. 26, 2018

Le changement climatique, facteur de déstabilisation et de migration


Le rôle du climat dans les migrations actuelles, bien qu’impossible à chiffrer, est plus que probable.

Le Monde.fr | 2015  Laetitia Van Eeckhout et Stéphane Foucart

S’agit-il d’une « crise » ? Ou, plutôt, de l’installation d’un nouveau régime de migrations, alimenté par le changement climatique en cours ? L’afflux de migrants et de réfugiés cherchant asile en Europe est aujourd’hui principalement causé par les guerres civiles et l’effondrement des Etats au Moyen-Orient, mais le rôle du climat, bien qu’impossible à chiffrer, est plus que probable. *Europe en sent déjà les effets directs et indirects, «l’ampleur de ces migrations va excéder ce que nous connaissons actuellement » ( Monique Barbut, secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), conférence « Dérèglements climatiques et crises humanitaires », organisée par le ministère des affaires étrangères en partenariat avec l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Action contre la Faim et CARE France. 67 ONG ont remis à Laurent Fabius (cf Laurent Fabius, le converti du climat une lettre ouverte insistant sur l’urgence d’un accord ambitieux, fin d’année à Paris, sur la question climatique. *Selon l’Internal Displacement Monitoring Center (IDMC), entre 2008 et 2014, une moyenne annuelle d’environ 25 millions de personnes sont déplacées chaque année pour cause de catastrophes naturelles (plus de 80 % en raison d’événéments hydro-climatiques (tempêtes, inondations, érosion des côtes, etc.). dys à évaluer part attribuable au changement climatique, idem pour déplacements de population liés à des troubles politiques (guerres, violences, etc.) ( ?  plus de 38 millions de déplacés internes en 2014), de plus ho lien fort entre climat et sécurité  François Gemenne. Pourtant constat pas nouveau (2008, rapport du Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ; texte pointait notamment « les tensions liées à la gestion des ressources hydriques de la vallée du Jourdain et du bassin du Tigre et de l’Euphrate, qui se raréfient » + aggravation par l’augmentation des températures. (+cf  A Minqin, la Chine part en guerre contre le désert *aHo « une augmentation sensible de la population du Maghreb et du Sahel » au cours des prochaines années + changement climatique et diminution des surfaces agricoles, pourrait entraîner des « tensions sociales », une « déstabilisation politique » et « pourrait accroître les pressions migratoires ». De même, au Yémen

Sécheresses syriennes : Plus de sept ans après la rédaction de ce rapport, M. Gemenne constate que la Syrie offre l’exemple d’une société déstabilisée par l’aléa climatique : « Une partie de la crise syrienne trouve son origine dans une série de sécheresses qui a frappé le pays « … Il y a un faisceau de preuves que la sécheresse entre 2007 et 2010 qui a touché le Moyen Orient a contribué au conflit syrien (chercheurs conduits par Colin Kelley (université de Californie à Santa Barbara) étude publiée en mars 2015 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Cette sécheresse, la pire jamais relevée dans la région, a causé une généralisation des mauvaises récoltes et des migrations de masses des zones rurales vers les centres urbains. » Or le changement climatique en cours, écrivent les chercheurs, triple le risque de sécheresses sévères et persistantes dans le Croissant fertile. En Syrie, ce sont ainsi près d’un million de personnes, touchées par l’insécurité alimentaire, qui ont quitté leurs terres. Monique Barbut : au Nigéria et en Mésopotamie, Boko Haram et l’Etat islmatique (EI, ou Daech selon l’acronyme arabe) exploitent ce type de situation. « Daech a confisqué des ressources en eau rares pour accroître son pouvoir et son influence. »

Raréfaction de l’eau et des terres agricoles : Dans les années à venir, le changement climatique conduira à une dégradation des terres et à une raréfaction des ressources en eau. Les terres agricoles disponibles pourraient diminuer fortement d’ici à 2050, quand l’écart entre les besoins en eau et les ressources disponibles pourrait atteindre 40 % dans les deux prochaines décennies. Pour personnes désespérées, la migration est la voie la plus évidente. » d’ici à 2020, 60 millions de personnes pourraient migrer des parties dégradées de l’Afrique sub-saharienne vers l’Afrique du Nord et l’Europe. « La difficulté croissante à trouver de l’eau, des pâturages verts obligent à parcourir davantage de kilomètres » Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l’Association des femmes peules autochtones du Tchad. C’est une grande source de conflit. La disparition en dix ans de 80 % de l’eau du lac Tchad a provoqué de terribles tensions entre les fermiers venus du Nord du Nigeria et les éleveurs qui traditionnellement vivent autour du lac. »

La question climatique devrait être un facteur majeur de déstabilisation et de migrations dans le siècle en cours. Mais, rappelle François Gemenne, « il ne faut pas non plus verser dans le déterminisme climatique car les choix politiques jouent bien sûr un rôle majeur dans la survenue des crises ». « Cependant, il est inquiétant de voir la réaction de panique que provoque en Europe la situation actuelle, conclut le chercheur. Il semble qu’on ne réalise pas encore son caractère profondément structurel. »