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TRAVAUX / atelier politique

mai 21, 2018

Périls -solutions -mai 2018


Notes  de Michèle mai 2018  infos à rajouter pour mieux définir les « périls » et autres infos pour la partie « solutions »

*** Aujourd’hui, nous sommes en présence de plusieurs phénomènes :

Mouvement de transition démographique dans de nombreux pays (passage d'une population caractérisée par une forte natalité et une forte mortalité à une population caractérisée par une faible natalité et une faible mortalité grâce à planning familial ; divers investissements pour diminuer la démographie), mais pas partout (certaines régions en Asie, Pakistan, Inde, Bangladesh + certains territoires d’Afrique)

 

Vieillissement également qui met à mal l’organisation économique et sociale d’après-guerre.

 

Finitude des ressources face à une population de plus en plus nombreuse, et consommatrice pour une part avec aussi émergence de nouveaux géants économiques, il y a saturation économique à une échelle globale…

Chaque être humain a une empreinte écologique particulière, on peut les additionner … la question du nombre a alors un impact sur la question des dommages environnementaux. L’empreinte écologique de l’humanité sur la planète a plus que doublé au cours des 45 dernières années (influence du champ climatique d’origine humaine y compris sur le volcanisme, parce ça fait bouger les masses glaciaires, du coup il y a un effet sur l’enveloppe terrestre et  ca perturbe les phénomènes volcaniques).

Parenthèses

  • 3 milliards des plus pauvres sont responsables de seulement 7% des effets de serre
  • Un Américain émet en moyenne 11 fois plus de CO2 que le seuil défini pour éviter le réchauffement climatique (Français, 4 fois plus) mais un Indien n’émet que 60 % de ce seuil et un Népalais 7 %
  • L’empreinte Carbonne est plus facile à supprimer dans nos pays (tempérés notamment) par rapport à d’autres pays où le climat rend les choses plus difficiles

L’idée est celle d’une emprise absolue des humains sur l’évolution du système terrestre dévié de sa trajectoire géologique. On passe d’un holocène (11500 dernières années), système globalement stable en termes de températures, à d’autres états différents, incertains dans lesquels il y aura peut-être des points de basculement... Christophe Bonneuil, France Culture : La Fabrique de l'Histoire, 18 oct 2013

 

*** Une croissance infinie dans un monde fini n’est ni possible, ni souhaitable, c’est une absurdité ! [i]…Epuisement de certaines ressources naturelles, renouvelables et non renouvelables.

Le carburant de la croissance, c’est l’énergie. La courbe du PIB est corrélée à celle du pétrole. Or, les réserves de pétrole ne sont pas illimitées et les pétroles de schiste ou bitumineux en sont les dernières miettes. Aucune énergie renouvelable ne pourra réellement remplacer le pétrole, en n’oubliant pas que l’usage du pétrole ne se limite pas à l’énergie.

 

+ nombreuses ressources  menacées par la pression humaine  [ii]: L’eau future ressource rare ; Le sable, une ressource en voie de disparition ; Tantale : une filière émerge pour le récupérer de votre poche ; 1980 – 2022 La fin du cryolithe, terbium, hafnium, ; 2021 – La fin de l’argent métal ; 2022 – La fin de l’antimoine ; 2023 – 2025 la fin du palladium, or, zinc, indium ; 2025 – La fin de l’or ; 2025 – La fin du zinc ; 2028 – La fin de l’indium ; 2030 – La fin du plomb ; 2028 – 2039 La fin de l’étain, plomb, cuivre et tantale ; 2039 – La fin du cuivre ; 2040 – La fin de l’uranium ; 2048 – La fin du nickel ; 2050 – La fin du pétrole ; 2040 – 2064 La fin de l’uranium, zinc, pétrole, nickel ; 2062 – La fin du graphite ; 2064 – La fin du platine ; 2072 – La fin du gaz naturel ; 2072 – La fin du fer ; 2120 – La fin du cobalt ; 2137 – La fin du titane ; 2139 – La fin de l’aluminium ; 2170 – La fin du charbon

 

+ Autres facteurs vont contrecarrer la marche forcée vers la croissance notamment la perte de la biodiversité ou encore les rejets de gaz à effet de serre (cf plus loin)

 

Nous sommes saturés de biens matériels et de services inutiles : toujours plus de consommation, à coups de publicité, de crédits et d’obsolescence programmée comme alliés + sous prétexte de créer des emplois, il faut créer de nouveaux besoins et marchandiser au maximum le monde : déchets, services, sécurité, privatisation du vivant, des liens sociaux, des loisirs, toujours plus de stress et de pertes de sens…

 

Parallèlement, malgré une surproduction dans divers domaines, constat d’un échec à satisfaire les besoins élémentaires de trop d'individus (inégalités inacceptables : 1% de l’humanité s’approprie 50% des richesses dans nos sociétés productivistes, basées sur la compétition et la concurrence) + inégalités à l’échelle de la planète, nos modes de vie perdurent au détriment des pays du sud envers lesquels nous avons une immense dette écologique.

 

*** Au niveau des sols

 

Biodiversité menacée : l’extension des zones d’habitation, l’artificialisation rapide des sols et des surfaces agricoles due à l’urbanisation menacetout d’abord la biodiversité : amenuisement de ressources végétales (déforestation…) et disparitions de nombreuses espèces animales. 1/4 des terres émergées est soumis à un phénomène de dégradation (contre 15% en 1991) ;

Désertification : un tiers environ de la superficie des terres émergées du globe (env 4 milliards d’hectares) menacés de désertification… 24 milliards de tonnes de sols fertiles disparaissent chaque année. 41 % des terres de la planète constitués de zones arides ou semi-arides. Entre autres causes, mauvaise gestion des sols.

Epuisement des végétaux : croissance démographique aidant, l’humanité n’a jamais autant mis à contribution la nature. En 1995, l’humanité prélevait 1/5 de la masse végétale produite par la planète pour ses besoins (se nourrir, se loger, s’habiller, se chauffer, etc), en 2005 25 %, cela veut dire que : quand 1 tonne de végétaux pousse, l’homme en utilise 250 kg pour ses propres besoins.  Le pire taux de « prélèvement végétal » se passe en Inde (96,6 %), en Chine (89,7 %) et Europe occidentale (86,1 %) contre 8,1 % en Amérique du Sud et 17,7 % en Afrique...

90 % du soja cultivé dans le monde ne servent qu’à nourrir du bétail à viande

Pour fournir de la viande, plus de 1090 animaux tués par seconde (280 millions de tonnes contre 44 millions en 1950) … 

Selon la FAO, pour nourrir tout le monde d’ici 2050, il faudra augmenter les surfaces de terres arables de plus de 100 millions d’hectares.

L’artificialisation détruit des habitats naturels + réduit la production agricole = perturbations influant significativement sur l’avenir des espèces animales, végétales. Ex : en France, les sols imperméabilisés, bâtis ou non (habitat individuel et réseaux routiers), occupent deux tiers de l’ensemble des sols artificialisés. Phénomène mondial, dû surtout à urbanisation causant la disparition des sols fertiles dans le monde (certains parlent de rapt des sols, « land grabbing).

Nos modèles agricoles dégradent les sols, qui perdent leurs matières organiques et ne jouent plus leur rôle de capteurs de carbone qui demandent un sol vivant, riche en humus qui résulte de la décomposition des matières végétales et animales sous l’effet des organismes présents dans la terre qui se nourrissent de ces matières

sols émetteurs de CO2 car laissés nus durant plusieurs mois de l’année =) non absorption par les plantes du dioxyde de carbone lors de la photosynthèse puis de la digestion du carbone par les organismes vivants dans les sols (A Cagnet, président de l’association française d’agroforesterie). En France, 95 % des sols cultivés perdent de la matière organique, ne jouent pas le rôle de puits de carbone. Risquent de devenir stériles dans quelques années.

*** Pour Lesourt[iii] la menace serait à la fois la rareté des ressources et la recherche d’abondance et pas seulement un problème de boom démographique (L’Europe est encore trop souvent lancée à la conquête de la totalité, elle est fille de la démesure… Albert Camus, L'exil d'Hélène, L'été, 1954). On a commencé à parler de raréfaction des ressources dès le 17è, 18è siècle, avec la révolution industrielle, début d’une certaine angoisse de la modernité due à cette idée de raréfaction ; avec au départ l'idée que le système économique, le système capitaliste allait résoudre les problèmes, or NON. Il est question de la limite, de la justice et de la menace.

Question : Comment définir démocratiquement le seuil au-delà duquel on n’a pas envie de se développer ? A partir de quand le développement devient un problème ? … aujourd’hui on produit suffisamment pour nourrir tout le monde (« consommation raisonnable »), les difficultés proviennent d’un dysfonctionnement de la distribution (15 à 50% des récoltes finissent comme déchets qui ne seront jamais consommés + la plupart du maïs finit en biocarburant, les céréales servent beaucoup à nourrir le bétail qui pourrait très bien manger de l’herbe, même si le rendement serait moindre, etc).

Problème de répartition + autre problème = à quel prix produit-on aujourd’hui la nourriture (agriculture intensive) ? Des études montrent que la culture biologique et la permaculture notamment pourraient permettre une réelle culture intensive sur de petits espaces sans détruire les systèmes.

Pour ça il faudrait une volonté politique. Actuellement ce n’est pas la malnutrition, le risque majeur, mais peut-être plus notamment la biodiversité (Denis Granier).


 

Dans la rubrique « solutions »

 

L’agroforesterie[iv]

 

 *** = Permettre à l’agriculture d’être une solution dans la lutte contre le changement climatique en étant en capacité de stocker du carbone par des sols riches en humus et par une biodiversité riche aux abords des champs grâce à une place redonnée à l’arbre = paysages agricoles avec des parcelles de tailles plus modestes couvertes toute l’année par différentes cultures et entourées de haies et où des rangées d’arbres sont plantées de façon régulière dans les champs. Cependant il faut agir vite, déjà un tiers des sols arables sont perdus car érosion (or il faut compter 500 ans environ pour retrouver 2,5 cm d’épaisseur de terre fertile dans des conditions écologiques stables !) et pollution. Risque disparition majeure des sols arables.

 

Maintenir un couvert végétal permanent pour réaliser les échanges d’eau, d’azote et de carbone nécessaire à la croissance des plantes, le carbone par la photosynthèse est au carrefour du cycle de l’eau et de l’azote.  Or, les modèles occidentaux actuels basés sur le labour et la monoculture mettent à nu le sol une grande partie de l’année en exposant à la lumière, au vent et à l’érosion pluviale. Rendements agricoles en France sont en baisse malgré une utilisation croissante de produits phytosanitaires.

Pour le maraîchage, la solution est la permaculture (Alain Cagnet)

 

Ex : Si on stockait le carbone dans nos champs de blé ?

En période de récolte, paille laissée sur place, + semer en semis direct (sans labour) dans celle-ci une légumineuse (luzerne, trèfle) =) fournit au sol de l’azote avec maintien de l'humus et meilleure retenue de l'eau car sol couvert. Blé (ou une autre céréale) semé aussi en semis direct dans cette légumineuse écrasée (constituera un engrais vert). Pour réduire encore plus l’érosion et permettre une infiltration plus facile, l’arbre sera présent (haie tout autour du champ ou lignes de plantation régulières en plein champ) qui permet aussi de restaurer un écosystème en fournissant refuge et nourriture pour les auxiliaires de culture telles les abeilles (Cagnet). Message semble avoir été entendu lors COP 21 : bonne place réservée à ces nouveaux modèles agricoles.

 

*** Les acteurs politiques doivent maintenant comprendre et se saisir de cet enjeu, car les solutions techniques sont maintenant mûres avec plus de 25 années d’expérimentations qui ont permis d’optimiser ces modèles agroforestiers. « Les élus locaux doivent mettre en place des politiques volontaristes pour favoriser l’installation ou la reconversion d’agriculteurs soucieux de lier production et protection face à des acteurs économiques qui n’ont pas nécessairement intérêt à voir des clients leurs échapper » particulièrement le cas des entreprises de vente d’engins agricoles et de produits phytosanitaires (de Boisgonthier).

 

*** Une formation accrue des agriculteurs (par ceux déjà lancés dans cette aventure)

 + vigilance de la société civile (structures officielles, particulièrement formations dans lycées agricoles / ces techniques,  cf Cagnet)

=) possible augmentation vocations (=) reremplir campagnes où problèmes d'emploi et de pyramide des âges

+ Nécessaire travail au niveau politique pour permettre l’accès au foncier aux personnes souhaitant s’installer (de Boisgonthier)

+ Société civile devant être exigeante quant à la  qualité des produits(nutrition et respect des sols et de la biodiversité, tout particulièrement dans la restauration collective.

(Lancement le 17 décembre du plan national de l’agroforesterie + programme« améliorer les stocks de matière organique des sols de 4 / 1.000 par an » séquestration supérieure CO2).

 

***Comment baisser l’empreinte énergétique ? Il faut globalement changer les systèmes de production, en innovant, mais plutôt avec une visée de simplification des circuits (la moindre tomate a traversé 3 fois la planète avant d’arriver dans nos plats !), qu’avec l’idée de toujours plus complexifier les outils et process.

Boucle de transport beaucoup trop forte, pèse sur l’écosystème  …ex en Ardèche des producteurs n’arrivent pas à écouler leurs produits … cf également le problème par rapport au débat sur les graines … que faire du savoir vernaculaire des paysans (intelligence de nombreux petits paysans n’est plus utilisable, parce que leurs outils ne sont pas assez complexes).

Quel chemin collectif a t-on envie de donner ? Imaginaire politique à créer qui soit au service de l’individu et de son libre développement (art de vivre au quotidien, liberté, être à l’aise dans son corps…)

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Austérité subie ou Décroissance choisie (Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Christophe Ondet et Anisabel Veillot, 2014).

Une piste de solution passe par le partage du travail et l’autogestion.

Il va falloir choisir entre une société qui privilégie les individualismes au détriment des biens communs, …société libérée de la pression sociale consumériste et ostentatoire

Se réapproprier ses besoins : exemple, alternatives à la voiture, mais quel impact s’il n’y a pas de débats préalables sur l’aménagement du territoire, sur la nature des besoins en mobilité et sur leur évolution, sur le voyage, etc... Prendre son vélo peut être vécu comme une libération émancipatrice ou comme une humiliation !

Revenu de base (RdB) donné à toutes et tous sans condition (plancher) : minimum pour vivre dignement, non d’un système où l’état prendrait en charge des assistés, mais choix collectif de répartition des richesses produites, établi par les citoyens, pour les citoyens, d’un droit opposable à un accès aux biens communs. Ce revenu devrait être partiellement démonétarisé (Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), via des accès directs à des ressources telles que l’eau, l’énergie, la santé, des biens communs et des services publics.

Relocalisation ouverte des échanges, de l’économie : but = obtenir les mêmes services, en baissant l’empreinte écologique (manger des produits de saison et locaux, …) + monnaies locales (transfert de l’économie dans le local) + relocaliser la démocratie, (prendre conscience de ses actes, reconsidérer ses propres besoins et les conditions de son bien-être)

=) question : quel équilibre entre l’ouverture au monde, aux autres, et l’organisation locale ? Besoin de contre-pouvoirs, de solidarités, mais aussi d’un refus du repli sur soi (multiculturalisme, multilinguisme = porteurs de sens et de bien-être, d’émancipation)

Justice sociale. Besoin de démarchandisation du monde via l’extension des sphères de la gratuité + réduction du temps de travail = mieux le partager sans productivisme.

Sortie de la religion de l’économie : réappropriation démocratique des banques centrales, création monétaire et réflexion sur le sens de la dette (et le non remboursement de ses parts illégitimes) = mettre l’économie au service de la politique et non plus le contraire.

Sortie de la centralité de la valeur travail : se désaliéner de l’emploi salarié, se réapproprier des activités choisies riches de sens. Cf réflexions : low-tech, le faire soi-même

L’éducation : non-violente et coopérative. Une école de la vie, émancipatrice et qui repense les relations intergénérationnelles afin de créer des sociétés autonomes.

Pilier nécessaire à la transition : démocratie de tous les jours, société avec sa propre autonomie collective =) inventer des manières de décider ensemble ce qui est nécessaire à la société : qu’est-ce qu’on produit ? Comment ? Dans quels buts et avec quels impacts ?

 

La transition est en marche, mais la masse critique ne sera à notre portée que lorsqu’une part importante de nos sociétés occidentales, donc les classes moyennes, sera prête à sortir du consumérisme et à l’expérimenter d’elle-même… Changer de « logiciel », se libérer de la matrice de la Croissance = une nécessité mais aussi une chance : celle de devenir acteur d’un changement positif et convivial, libérateur et émancipateur.



[i] http://www.projet-decroissance.net/?p=2089. La Décroissance, une vision pour des sociétés plus justes et plus sobres. Article publié dans le n°14 des Nouveaux cahiers du socialisme, revue canadienne, automne 2015.

 

[ii] Le grand calendrier de l’épuisement des ressources naturelles D’ici fin du XXIe siècle, on peut attendre la fin du pétrole, platine, gaz, hafnium, or, sable… Jean-Marie, le 12 Jan 2011.

 

[iii] Le péril démographique : La bombe humaine. France Culture, Savoirs Entendez-vous l'éco ? 12 avril 2018

 

[iv] ConsoGlobe Sols : l’agroforesterie, la révolution urgente à mener (soin à accorder aux sols, stock de carbone et atout essentiels pour la biodiversité. Camille Peschet, le 16 Dec 2015

 


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